Raie

Les quelques touristes qui se rendent dans les Iles Bijagos ont entendu parler des raies et de leur piqûres. Certaines personnes qui ont vu des films sur la beauté des îles et de ses plages refusent même d’y aller de peur qu’une piqûre de raie ne gâche leur vacances ou pire encore

Les raies sont des poissons cartilagineux de forme plate et symétrique.  L’élargissement de leurs nageoires pectorales leur donne une forme en losange.

Au bord des plages des Bijagos, les raies sont de petite taille (de la taille d’une main ou au plus d’une assiette), mais elles sont nombreuses.  Elles reposent dans les eaux peu profondes et se confondent avec la couleur du sable, des roches ou des coquillages. Ces plages sont la plupart du temps désertes, enfouies dans le sable à quelques mètres du bord  elles restent là pendant des heures, invisibles  et immobiles.

Ces poissons ne sont pas agressifs, elles n'attaquent jamais, mais si vous surgissez brusquement en marchant ou en courant dans l’eau, et que vous leur marchez dessus, elles vous piqueront avec leur dard, et cela fait vraiment très mal.

Dans ce cas, heureusement cela n’arrive pas souvent, le pied enfle jusqu’au genou, avec une douleur atroce pendant au moins une semaine.  Le dispensaire des sœurs catholiques et déjà soigné plusieurs baigneurs non avertis.

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Pour ne pas se faire piquer, lorsque vous voulez vous baigner sur une plage où personne ne s'est baigné depuis plus d'une heure (ce qui est pratiquement toujours les cas, puisque les plages restent quelquefois sans visiteurs pendant plusieurs jours):

IL SUFFIT DE MARCHER LENTEMENT SUR LE SOL EN FRAPPANT DES PIEDS PENDANT UNE OU DEUX MINUTES, CELA PERMET AUX RAIES DE SENTIR LES VIBRATIONS DU SOL ET DE NAGER VERS LE LARGE

Vous les verrez alors d'enfuir à  toute vitesset et vous pourrez ensuite vous baigner en toute sécurité dans une eau limpide et en permanence merveilleusement chaude.

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Notre ami policier         La route de Bruce                 Arrivée à Bruce

La plage de Bruce à Bubaque est la plus grande et la plus belle plage de l’île, mais comme elle est également la plus éloignée, elle est la plupart du temps déserte, il n’y a que quelques vaches qu’y s’y promènent.

Un jour un policier, ami de Tchu Tchu et Amarildo qui devait se rendre en mission à la tabanca de Bruce a proposé puisque de toute manière il devait s’y rendre en pick up, de nous emmener afin que nous puissions nous baigner et faire un pique nique. Donc, le  lendemain avec toutes nos provisions, la casserole de riz, de beaux poissons à griller,d’autres victuailles et des boissons diverses ainsi que du vin de palme,  nous sommes montés à bord du pick up pour faire les

18 kilomètres

jusqu’à  Bruce sur la seule route asphaltée de l’île, vestige de la colonisation portugaise.

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                          Enfants à Bruce

Dès notre arrivée les garçons commencèrent le feu avec du bois vite récolté sur place, et en attendant que la braise soit parfaite pour mettre les poissons sur la grille que nous avions apportée, nous avons écouté de la musique, joué du djembé, fait des photos, et chacun a commencé à boire la boisson de son choix. 

Après le déjeuner certains ont fait la sieste et d’autres se sont baignés.  Nous étions dans l’eau après les précautions d’usage, et les raies qui trainaient au bord depuis des lustres  avaient été chassées vers le large par  notre groupe qui se baignait.  Je suis restée la dernière dans l’eau, et je n’ai pas pris garde que en revenant du large je dérivais vers les seuls rochers de la plage.

En voulant donner un coup de pied pour sortir des rochers et repartir au large pour ensuite sortir ailleurs – il y a en effet des kilomètres de sable – j’ai malheureusement dérangé une raie dans le rocher, et elle m’a piquée.  Arrivée sur la plage, j’avais du sang qui s’écoulait d’une plaie sur le devant du pied et surtout une douleur atroce. 

Immédiatement  Amarildo s’est jeté à terre afin de sucer et recracher le sang infecté, il a fait cela par trois fois.  C’est alors qu’est intervenu AMISON (son nom en traduction littérale veut dire « moi tout seul », un jeune garçon de 20 ans qui nous dit qu’il avait été pêcheur et qu’il savait ce qu’il fallait faire en cas de piqûre de raie.  Il y avait encore des braises sur le feu, et il y mit des végétaux pris sur une variété de palmiers abondants sur la plage. Une fumée abondante et nauséabonde s’éleva du foyer, et il me dit de tenir mon pied au dessus de cette fumée pendant un moment. En quelques minutes déjà je sentais le douleur qui devenait moins intense et l’enflure disparaissait. 

Au bout d’une demi heure je ne sentais plus rien du tout, alors que normalement le pied et même la jambe jusqu’au genoux, de façon alarmante. La douleur persiste pendant plusieurs jours, même en prenant des contre douleurs, des anti inflammatoires ou même des antibiotiques.

Ensuite, nous avons parlé avec Amison, qui nous a raconté qu’il avait commencé un  cours organisé par le Padre Luis, mais qu’il n’avait plus les moyens de continuer car il lui manquait les 2000 cfa (env. Frs. 5.00 / Euros 3.50)  pour la finance d’inscription du prochain trimestre, Il devrait aussi s’acheter des cahiers et deux livres. Il dit qu’il n’arrivait pas à trouver un travail pour le matin, les cours ayant lieu l’après-midi. Je lui proposais donc de venir travailler au potager de Bobo tous les matins, de manger avec nous à midi et d’aller à ses cours l’après midi.  

Il arriva dès le lendemain matin, et resta pendant un mois, ce qui lui permit non seulement de payer son année d’écolage, mais d’acheter les livres qui lui manquaient, et même des vêtements.

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                              AMISON au travail dans notre potager

Le soir même de cette aventure, nous allions tous écouter Justino Delgado chanter au bar de Cibita & Paul sur le port et personne ne voulait croire que je m'étais fait piquer par une raie dans la journée. Les traitements locaux sont souvent les plus efficaces.